LE JAUNISSEMENT N'EST L'ŒUVRE NI D'UNE ENZYME NI D'UN MICROBE
Le thé jaune subit la même fixation que le vert : une chauffe brève et intense tue l'enzyme propre de la feuille. Après quoi il ne reste plus rien avec quoi oxyder. Et c'est précisément alors, quand la réaction est devenue impossible, que la feuille est entassée chaude et humide, couverte de tissu ou de papier, et laissée seule.
Ce qui agit sous la couverture n'est pas la vie mais la chimie de l'eau chaude. La chlorophylle se décompose en phéophytines et le vert devient or ; les catéchines se transforment, et l'âpreté herbacée du thé vert disparaît sans emporter la douceur avec elle. Le thé jaune a donc le goût d'un thé vert dont on aurait ôté le tranchant, ni un oolong ni un noir.
L'étape coûte de quelques heures à quelques jours, et ne laisse rien de visible : la feuille sèche ne diffère que par une nuance qu'un acheteur ne peut vérifier. C'est pourquoi la catégorie a presque disparu au XXe siècle — il était plus rentable de s'arrêter au thé vert — et le jaune reste le plus rare des six.